28 février 2021

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Du CACH au CASH : Les mensonges de Félix Tshisekedi sur les 15 millions USD

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Le détournement de 15 millions de dollars américains issus de la décote des pétroliers continue de défrayer la chronique. A la veille de la tourné internationale de Félix Tshisekedi qui a décidé de faire de la lutte contre la corruption et les détournements son cheval de bataille, cette affaire ne pouvait pas plus mal tomber. Les Congolais ne se posent plus la question si l’argent a été volé, puisqu’à l’évidence, les fonds n’ont pas pris le chemin du Trésor Public mais bien celle de savoir qui a volé, où a disparu l’argent et quelle sanction encourent les criminels. Si les choses ont changé au Congo comme le prétend Félix Tshisekedi, cette affaire lui donne l’occasion rêvée de le démontrer à la face des Congolais et du monde entier.

Deux institutions relevant directement du Président de la République ont révélé le pot-aux-roses. Il s’agit de la fameuse et tristement célèbre Agence de Nationale de Renseignements, ANR, tristement connue pour ses exactions et violations répétées et systématiques des droits de l’hommes avec arrestations arbitraires et tortures à la clé qui a demandé à l’Inspection Générale de Finances, IGF, de se charger du contrôle des mouvements financiers des services de l’Etat pour la période au cours de laquelle la Présidence a eu à gérer les deniers de la République en se substituant régulièrement à un gouvernement démissionnaire.

De prime abord, tout porterait à croire que règne une volonté de transparence au sommet de l’Etat. Mais les choses ne sont pas si simples. Qui a demandé à l’ANR de se mettre sur la chasse des détournements d’argent ? Pourquoi la Présidence chercherait-elle à enquêter sur ses hommes ? Qui cherche-t-on à sanctionner et à écarter ? Autant de question qui soulève une vraie question : Félix Tshisekedi est-il l’initiateur de cette enquête ou une main noire s’est-elle introduite dans les couloirs du Palais de la Nation ?

Les réactions de plusieurs personnes, dont le Directeur de Cabinet du Président Vital Kamerhe ne cesse d’intriguer. Après avoir ordonné l’arrêt de la mission de l’IGF, le partenaire politique de CACH –  l’alliance politique entre l’UDPS et l’UNC de Vital Kamerhe – s’est fendu d’une longue interview dans Jeune Afrique pour revendiquer son attachement au Chef de l’Etat et se laver les mains de toute implication dans ce dossier affirmant au passage ne pas être cité dans le rapport de l’IGF qui pourtant ne manque pas de le citer parmi les responsables.

A la lecture du rapport de l’IGF qui a été rendu public, on constate que dans ce détournement tout a été planifié et exécuté à la lettre. 

Mais ce vol est tellement grossier que tout le monde en vient à s’interroger sur les raisons qui ont conduit notamment Vital Kamerhe, un homme rompu aux pratiques de l’administration congolaise à ne prendre aucune précaution pour s’impliquer personnellement dans le détournement de l’argent logé dans le compte d’une commission technique, pour tenter de le loger dans un compte actionné par la présidence de la République et enfin le voir purement et simplement disparaître par des retraits successifs dont les traces figurent dans les registres de la banque.

En réalité, cette façon d’agir tient tout simplement de l’arrogance et du manque de scrupule d’un nouveau pouvoir qui n’a aucun compte à rendre au peuple congolais. Elle trahit également l’impatience d’une poignée d’hommes dont la première ambition est de se remplir les poches le plus rapidement possible. Il suffit de voir le train de vie insolent qu’ils affichent depuis leur accession au pouvoir. Du jour au lendemain, l’achat de voitures de luxe, de villas à l’étranger, de costumes, de bijoux et de montres de valeurs dans les plus grandes enseignes parisiennes, les mariages  et les  voyages aux frais extravagants ! Tout est connu et mis sur la place publique. Les Congolais qui vivent dans la souffrance assistent médusés à la poursuite de la plus grande entreprise de prédation engagée sur leur dos depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila et qui se poursuit avec le successeur qu’il a désigné.

Cette affaire des 15 millions USD est d’autant plus emblématique et symbolique qu’elle s’inspire des pratiques connues sous l’ancien régime ! Même mode opératoire, même opacité, même intervenants et même mensonges ! Cette fois, ce n’est plus Joseph Kabila qui est à la manoeuvre avec son directeur de cabinet, mais Félix avec Vital. Le véhicule dans lequel on conduit le peuple congolais en enfer est le même, on a juste changé les pneus !

Là où le bât blesse, ce sont les mensonges répétés de Vital Kamerhe dans Jeune Afrique et du président Tshisekedi dans une interview publiée hier dans le quotidien belge Soir. Tout porte à croire que le Chef de l’Etat cherche à couvrir ceux qui sont les auteurs de ce détournement. Dans les réponses accordées à la journaliste Colette Braeckman, le fils du Sphinx déclare avoir reçu l’Inspecteur Général des Finances Chef de Service et n’avoir pas entendu de ce dernier aucune plainte ou allusion faisant état des pressions et des menaces dont il est l’objet de la part des hommes du pouvoir. Tout dans le propos du Président Tshisekedi est mensonge ! Non seulement il n’a pas reçu l’Inspecteur Général Batubenga comme il le prétend, mais ce dernier a bel et bien confirmé sur les ondes de RFI que lui et sa famille étaient victimes de menaces de mort ! Second mensonge du Chef de l’Etat quand il affirme que personne n’est cité dans cette affaire. Là aussi rien n’est plus faux !  A moins que le Président de la République n’ait pas eu le temps de prendre connaissance du rapport de l’IGF, ce document relate avec précision l’implication de son Directeur de Cabinet dans ce détournement.

Enfin, Félix Tshisekedi affirme que l’IGF a transmis ce dossier au Parquet et que la justice est saisie. Fidèle au respect du sacro-saint principe de séparation du pouvoir, le Chef de l’Etat se lave les mains en déclarant qu’il n’a plus rien à voir avec ce dossier. La patate chaude entre les mains de la justice. C’est aller, aller bien vite en besogne ! Le Président chercherait à étouffer le dossier qu’il n’agirait pas autrement.

Dans ce dossier, Félix Tshisekedi oublie que chacune de ses décisions est scrutée par la Nation. En sa qualité de magistrat suprême ne peut s’exonérer de toute responsabilité. Il a l’obligation morale de s’impliquer dans la recherche de la vérité.  Au même titre qu’il avait interpellé la justice dans l’affaire des invalidations des députés, le président doit s’impliquer dans le suivi de ce dossier. La situation est ici d’autan plus grave que les services relevant directement de l’autorité du Chef de l’Etat sont directement impliqués dans le détournement. Au lieu de jouer au Ponce-Pilate, le Président devrait se tenir informé en direct de l’évolution de l’enquête afin que la vérité éclate ! Les Congolais ne sont pas dupes. Dans la tradition inspirée de son prédécesseur qui n’hésitait pas à instrumentaliser la justice, tout porte à croire que sous la pression de Félix Tshisekedi ou de Vital Kamerhe le procureur classera l’affaire sans suite. Or, le peuple congolais a besoin de vérité et de transparence. Et, le pouvoir de Félix Tshisekedi en a encore plus besoin s’il veut conquérir un peu de crédibilité et durer !

Cette affaire rappelle étrangement la fameuse période du 1+4 qui au cours des années 2003-2006 avait provoqué au départ d’Evariste Boshab, à l’époque directeur de cabinet de Joseph Kabila impliqué dans le scandale du détournement de 30 millions de dollars d’un paiement de la SNEL. Une enquête parlementaire menée par la commission Bakandeja avait conduit à la démission fracassante de 5 ministres et du plus proche collaborateur de l’ancien président. Depuis cette lointaine période de cohabitation, l’impunité est devenue la règle. Félix Tshisekedi saura-t-il renverser la vapeur ? En a-t-il la volonté ? En a-t-il les moyens puisque son alliance avec Joseph Kabila semble bien lourde à porter ?

En réalité, tout indique que l’interview complaisante du journal Le Soir que le nouveau Président cherche avant toute chose à la veille d’un long périple euro-euro-américain à s’exonérer de toute responsabilité. Or, les chancelleries ne sont pas dupes.  Cette affaire lève un coin du voile sur les 8 mois de gestion du pays par les deux hommes d’Etat pendant la période au cours de laquelle ils négociaient avec Kabila le partage du pouvoir. Plusieurs diplomates à Kinshasa ne cachent pas leur déception et leur exaspération. L’un d’eux sous couvert de l’anonymat a affirmé que : « Tout le monde sait très bien qui a détourné cet argent et à quoi ont servi les fonds volés. Il appartient aujourd’hui à Félix Tshisekedi à s’assumer pleinement et à sanctionner les responsables sinon nous nous verrons dans l’obligation de revoir notre position vis-à-vis de ce nouveau pouvoir ». Les choses sont claires. Le Chef de l’Etat congolais est au pied du mur. La manière de gérer ce dossier va révéler la vraie nature de son pouvoir.

Finalement, au cas où les responsabilités ne sont pas dressées, les auteurs de ce détournement arrêtés et traduits en justice et l’argent récupéré, les Congolais  et leurs partenaires auront définitivement tourné la page des fausses promesses du nouveau président. Si la vérité n’éclate pas, les espoirs portés par Tshisekedi et Kamerhe n’auront été qu’un feu de paille. Il faut redouter qu’après les élections chaotiques de 2018 et les petits arrangements entre amis qui leur ont succédé,  le Congo n’a pas changé. Il demeure un théâtre d’ombres chinoises dont le maître du jeu demeure bel et bien caché dans la banlieue de Kinshasa.

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