29 octobre 2020

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Polémique Ngoyi Kasanji : Une Révolution des Intelligences s’impose !

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Au delà du débat politique provoqué par la réflexion du député national Alphonse Ngoyi Kasanji sur le scrutin présidentiel, il est impératif que nous puissions réfléchir sur une gouvernance congolaise authentique sur tous les plans.

En effet, en 60 ans d’Indépendance, quel modèle de gouvernance institutionnelle pour la République Démocratique du Congo ? La question mérite d’être posée.

Du Nigéria en Afrique au Japon en Asie en passant par la Suisse en Europe, la Nouvelle Zélande en Océanie ou les États-Unis en Amérique, chaque pays a son mode de gouvernance institutionnelle convenant à ses exigences, fruit de ses expériences et de son histoire. 

En Afrique, les cas du Nigeria, de la Tanzanie, et du Zimbabwe méritent d’être étudiés en ce que si ces pays semblent avoir résolu leurs problèmes de gouvernance, c’est parce que les élites  ont su courageusement, à un moment ou à un autre de leur histoire, se regarder en face, faire la paix des braves et lever des options fondamentales. Ils se sont engagés à les respecter. Ils en ont fait des valeurs dans la gestion du pays. 

Petit survol édifiant :

La République des militaires civilisés et des civils militarisés

Indépendant depuis le 1er octobre 1960, le Nigéria a connu une sécession effroyable au Biafra, une dictature atroce et une succession époustouflante des coups d’Etat militaires par les Généraux Obasanjo, Buhari, Babangida, Abacha et Abubakar, s’alternant avec des élections ensanglantées consacrant une instabilité chronique.

Pour conjurer le mauvais sort, ses dirigeants, civils et militaires ont levé l’option de prendre en compte les trois régions disposant d’une large autonomie correspondant aux trois ethnies majoritaires : le Nord pour les Haoussa, l’Ouest pour les Yoruba, l’Est pour les Igbo, oubliant ainsi pour un instant, les idéologies importées et les ingérences étrangères qui n’ont fait que perturber la vie du commun des mortels au Nigéria.

 L’autre option importante levée dans la recherche d’une solution durable est l’alternance entre les deux communautés religieuses dominantes : les chrétiens et les musulmans. Lorsque le chrétien est candidat Président de la République, son Vice-Président est d’office musulman, et vice-versa.  

Ainsi, au cours de ces 21 dernières années, la République Fédérale du Nigeria a trouvé son modèle de gouvernance institutionnelle pour réguler de manière pacifique le fonctionnement de ses Institutions et mettre fin ainsi aux années troubles qui ont ensanglanté ce pays. 

La République des chrétiens et des musulmans 

La Tanzanie, État constitué du Tanganyika et de l’île du Zanzibar, a déjà 5 chefs d’Etat : Julius Nyerere, Ali Hassan Mwinyi, Benjamin Mkapa, Jakwata Kikwete, et John Magufuli l’actuel Président. 

La Tanzanie a deux religions principales : le christianisme et l’islam. L’île de Zanzibar est islamique. La formule adoptée est que le Président de la République soit alternativement musulman et chrétien, originaire de la partie continentale de la Tanzanie, le Tanganyika. Tandis que le poste de Vice-Président de la République est réservé à un originaire de l’île de Zanzibar.  

Julius Nyerere était chrétien. Il a passé le flambeau à Ali Hassan Mwinyi, un musulman. Le suivant fut Benjamin Mkapa, un chrétien qui a cédé la place à Jakaya Kikwete, un musulman. Aujourd’hui, c’est le chrétien John Magufuli qui préside aux destinées de la Tanzanie et il n’y pas l’ombre d’un doute que son successeur sera forcément musulman. 

Les Tanzaniens ont ainsi trouvé un modèle de gouvernance institutionnelle pour réguler le fonctionnement des institutions de leur pays.

La République des Freedom Fighters

Il aura fallu une dose importante de sagesse africaine pour créer le ZANU/PF des frères ennemis Robert Mugabe et Joshua Nkomo, après les déboires et les tueries du Matabeleland de triste mémoire. 

Cette coalition qui résiste à toute sorte d’attaques et d’agressions politiques et économiques trouve son origine dans la lutte contre le colonisateur britannique et la domination de la  minorité blanche dans ce pays qui était connu sous le nom de Rhodésie du Sud. 

Robert Mugabe menait la lutte à partir du Mozambique, tandis que Joshua Nkomo avait la Zambie comme base arrière. Une fois l’indépendance gagnée, le pays plongea dans une zone de turbulence jusqu’à ce que les zimbabwéens eux mêmes décident de la gestion du pays ensemble dans la coalition ZANU/PF, faisant de Robert Mugabe, un Shona, président de la République et de Joshua Nkomo, un Ndebele, Vice-président. 

Cet entendement continue à diriger le Zimbabwe aujourd’hui, malgré la disparition des pères fondateurs Robert Mugabe et Joshua Nkomo. 

Ajoutons que depuis l’an 2000, le Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) a vu le jour et évolue dans l’opposition avec d’autres Partis de moindre importance.

Ce qu’il faut savoir c’est que, face à l’ennemi commun, les Zimbabwéens parlent le même langage. 

Le Zimbabwe, c’est 390 757 km2, huit provinces plus les villes provinces d’Harare et de Bulawayo, deux grands groupes ethniques, les Shona et lesNdebele avec une minorité blanche et asiatique.

Quid de la République Démocratique du CONGO ?

Évidemment, la réflexion présente ne pouvant que concerner le Congo, on ne cessera de le souligner : en 60 ans d’Indépendance, notre pays a fait l’expérience de toutes les formes de guerre armée (sécession, rébellion, mutinerie, agression), notamment la guerre classique et la guerre asymétrique, l’expérience des systèmes politiques classiques (démocratie pluraliste et démocratie populaire via des coups d’Etat militaire et militaro-civil), l’expérience de toutes les formes des systèmes économiques érigés dans le monde (libéralisme et dirigisme) et même celle de plusieurs formes culturelles dont le recours à l’Authenticité du Président Mobutu.

D’ailleurs, à ce propos, il est indiqué de rappeler qu’avec ses 101.780.263 habitants (estimés en 2020), ses 2.345.410 Km2, soit 43 hab/km2, la RDCongo a 450 tribus (ce qui équivaut à 450 dialectes) se partageant 4 grandes zones linguistiques, le Swahili à l’Est, le Lingala à l’Ouest, le Tshiluba au Centre et le Kikongo au Sud-Ouest. Et, surtout, des ressources naturelles incommensurables : eau, forêt, mines, hydrocarbures, hydroélectricité etc. en plus d’une population laborieuse.

Pour quel modèle de gouvernance institutionnelle cependant ? 

Ayons le courage de le reconnaître : AUCUN !

Justement à ce sujet, il est indiqué d’ajouter que le Congo-Kinshasa a un record mondial incontestable : la vingtaine de foras politiques organisés en 60 ans d’existence sous diverses dénominations : conférence, dialogue, négociations, concertations etc. On n’y entre adversaires, on en sort partenaires, puis on redevient adversaires pour un autre forum duquel on ressort partenaires, et le cycle continue, on prend les mêmes et on recommence.

L’acquis de l’un de ces fora, le Dialogue inter-congolais tenu de 2001 à 2003 à Sun City en Afrique du Sud, est la première alternance politique qui soit issue des urnes. 

Le souhait commun est sa régulation. La coalition PPRD/MLC/RCD/Société Civile dans le 1+4, la coalition PPRD/PALU/UDEMO après le scrutin de 2006, la coalition PPRD/UDPS Badibanga et la coalition PPRD/UDPS Tshibala à partir de 2016 pour arriver à la coalition PPRD/UDPS Tshisekedi aujourd’hui.  

Ces différentes coalitions de gouvernance voulues par Joseph Kabila Kabange nous ont permis de sortir de la belle manière de la zone de turbulence dans laquelle nous étions embourbés depuis les années 90.

Aujourd’hui, l’Afrique et le monde nous observent avec le deuxième acquis : Joseph Kabila, premier Chef d’État sortant, vivant et resté au pays avec le statut de sénateur à vie, cela après les élections de 2018. 

En 2023 ou en 2028, le pays aura un deuxième sénateur à vie qui devra rester au pays : Félix Tshisekedi. Et l’alternance politique ira se consolidant.

Appel à l’Intelligentsia congolaise

La Constitution actuelle a un bon nombre de dispositions qui handicapent la marche du pays. 

Tenez. A quoi servent les Assemblées provinciales si ce n’est à empêcher le gouverneur de mettre en application son projet ? 

Allons-nous continuer avec des gouverneurs originaires et élus au second degré avec tout ce que cela comporte comme risque de créer des roitelets tribalo-ethniques ? 

Et cette nationalité congolaise une et exclusive que nous violons chaque jour qui passe, allons nous continuer à nous voiler la face et tolérer des bi-nationaux dans les hautes sphères du pays alors que la Constitution et les lois du pays l’interdisent ? 

Que dire du cycle électoral à 9 élections extrêmement coûteux que nous ne parvenons pas à achever pour continuer avec des institutions bancales ?

Une déclaration du député national Ngoyi Kasanji sur l’élection du Président de la République au suffrage indirect a mis vent debout, une frange de réactionnaires sans pour autant chercher à comprendre le fond de sa pensée.  

Allons-nous rester avec le seul Français comme langue officielle ou bien allons nous proposer aussi l’Anglais comme deuxième langue officielle? 

En bref, je propose une révolution des intelligences congolaises pour trouver un model congolais authentique.

Mais, comment y parvenir, comment en réguler le processus ? La réponse est dans l’acceptation du fait que le moment est venu de discuter autre chose que partage du pouvoir, de lever l’option définitive devant stabiliser la gouvernance institutionnelle aux plans politique, économique et social, forts que nous sommes tous des erreurs, des fautes et des crimes à ne plus répéter. 

Le moment est arrivé de le proclamer haut et fort : le Congo est d’abord un pays avec un peuple, ensuite un État, enfin une Nation. Une nation ayant quatre grandes zones linguistiques correspondant à des communautés qui se définissent de plus en plus sur le plan politique. On ne le dira jamais assez, le Congo des tribus, des ethnies, des communautés est à l’opposé de l’intégration nationale que nous recherchons tous. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenir compte des revendications communautaires. Bien au contraire, il faut les intégrer dans la politique nationale. 

Cela passe impérativement par le modèle de gouvernance institutionnelle que nous devons adopter et codifier, modèle qui DOIT devenir une culture politique congolaise et qui sera forcément différent des modèles nigérian, tanzanien ou zimbabwéen évoqués au début de cette réflexion.

Trente ans après l’interpellation qui nous avait été faite par le médiateur sénégalais Abdoulaye Wade, qui en 1991 avait qualifié les politiques zairois de l’époque comme « des gens qui manquent de culture politique », il nous revient, via ce modèle de gouvernance, de prouver que la classe politique congolaise a toujours été mature et qu’elle s’est enfin résolue à avoir son modèle de gouvernance institutionnelle pour réguler le fonctionnement  de ses Institutions.

Prof Barnabé KIKAYA Bin

CONGOPOLITIS/NOTABILITECD

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