2 mars 2021

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RDC: la population se fâche, la MONUSCO est embarrassée, le gouvernement est dans l’ambiguïté, le chercheur Bienvenu KARHAKUBWA explique

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Ces derniers jours, des habitants de plusieurs villes et agglomérations de la République Démocratique du Congo sont très fâchés contre la Mission des Nations Unies au pays (MONUSCO).
Des marches et actions de contestations s’organisent par-ci, par-là dans plusieurs zones dans la partie orientale du pays. Certains crient aux actions réfléchies pour dénoncer l’inaction et inefficacité de la MONUSCO, d’autres crient à la manipulation de certains politiciens pour planter le décor du chaos en RDC au modèle de la Somalie, dans un contexte de coalition politique difficile CACH-FCC.
Pour examiner cette question, la rédaction de Laprunellerdc.info a recouru au livre de Bienvenu Karhakubwa, publié en Novembre 2015 et qui en tout cas reste pleinement d’actualité. Si le Congolais avait la culture de la lecture !

Bienvevu Karhakubwa présente son ouvrage
Bienvevu Karhakubwa présente son ouvrage

Il s’agit d’un livre qui se focalise sur la problématique de l’agressivité de la population congolaise contre la MONUSCO, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo. Ce livre relève d’une étude qualitative partie du normatif vers l’empirique au travers d’une théorie systémique. L’enquête a porté sur 400 personnes au Sud-Kivu et au Nord-Kivu. 6 focus groups avec la société civile, 2 focus groupes avec des autorités politico-administratives ; 10 entretiens avec des staffs de la MONUSCO, 80 entretiens avec des leaders de la société civile. Ce livre a été accompagné par l’Université Evangélique en Afrique (UEA-Bukavu) et par le Centre Africain de Paix et Gouvernance (CAPG).
Le livre explique en quatre points les facteurs à la base de l’agression de la population congolaise contre la MONUSCO ; un débat aujourd’hui d’actualité après 4 ans de sa publication, à savoir :
(1) La population congolaise est quelques fois agressive à la MONUSCO par ignorance de la mission et du mandat de la MONUSCO entant qu’opération de maintien de la paix et l’ignorance du modus operandi d’une mission de maintien de la paix de l’ONU.
(2)La population congolaise est quelques fois agressive à la MONUSCO à cause de l’absence d’un plan ou d’une architecture de paix en RDC. A cet effet, le livre ouvre une réflexion en proposant une architecture pour la construction d’une paix durable en RDC.
(3)La population congolaise est quelques fois agressive a la MONUSCO à cause de la faible appréciation du travail de la MONUSCO par la population locale, au regard des attentes locales de paix et sécurité, mais aussi relativement aux moyens humains et financiers que reçoit la MONUSCO.
(4)La population congolaise est quelques fois agressive à la MONUSCO à cause des revers de la MONUSCO en tant mission d’opération de maintien de la paix de l’ONU.
Cinq revers ont été identifiés et documentés dans le livre :
(1) L’implantation idéologique de l’Islam dans la région (l’examen de la question ici est plus technique qu’idéologique. Est-ce que, par principe, une mission d’opération de maintien de la paix de l’ONU peut se retrouver impliquée dans une implantation idéologique, de quelle nature qu’elle soit ? Que disent différentes théories (principes ou règles de de l’ONU) portant sur une mission de maintien de la paix de l’ONU ? Qu’est-ce qu’on retrouve en train de se faire sur terrain avec des casques bleus de la MONUSCO sur ce point ? Ce livre apporte réponse à ces différentes interrogations);
(2) Le phénomène « Enfants de la MONUSCO », nés des casques bleus sur des filles ou femmes congolaises, et qui se retrouvent abandonnés à leur triste sort;
(3) L’implication de certains agents (casques bleus) dans la contrebande minière ;
(4) L’entretien de groupes armés par certains agents et casques bleus de la MONUSCO, notamment pour se pérenniser au travail en RDC ;
(5) Le traitement disproportionné des agents congolais travaillant pour la MONUSCO.
Le livre ouvre une réflexion sur les stratégies correctionnelles de ces différents revers de la MONUSCO.
Ce livre bilingue (Anglais/Français) de 448 pages, écrit par le chercheur Bienvenu Karhakubwa, reste très intéressant en ce qu’il ouvre une conversation scientifique sur la construction/consolidation de la paix en RDC avec l’accompagnement de la Mission de l’ONU pour la Stabilisation de la RDC (MONUSCO), pour plus d’efficacité, d’efficience et de viabilité de cette Mission dans sa contribution à la restauration de la paix et l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.
La MONUSCO est-elle efficace, doit-elle partir maintenant OUI ou NON ? Le livre répond :
« Les interventions de la MONUSCO en RDC ne seraient, jusqu’ici, ni viables, ni efficaces, ni efficientes, ont noté certaines de nos personnes ressources », note le livre à la page 261.
Cependant, la MONUSCO reste un « mal nécessaire » note le livre de Bienvenu Karhakubwa, chercheur en Paix et Développement, enseignant et acteur influent de la société civile congolaise.
« La MONUSCO est ‘nécessaire’ car il n’y a pas aujourd’hui d’alternative à la présence de cette Mission de l’ONU, les institutions nationales de sécurité étant très fragiles. Son départ brusque et non concerté aujourd’hui serait fatidique pour le pays. L’absence de la MONUSCO en RDC serait pire que sa présence ne l’est aujourd’hui », note le livre de Bienvenu Karhakubwa à la page 267.
Aussi, « La MONUSCO, elle-même, se plait du comportement d’enfant gâté de l’Etat congolais ; ce dernier ne fait aucun effort pour s’approprier et maximiser les résultats de la Mission d’où un vide se crée sur terrain au profit de l’activisme des groupes armés », note cet important ouvrage à la page 261.
Un livre plutôt riche et intitulé «La Construction de la paix et le rôle de la MONUSCO » écrit par Bienvenu Karhakubwa.
Le contexte a-t-il évolué ? C’est la plus grande question.

Honneur-David Safari

La rédaction

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